Extorsion au Mexique : drogue, violence et prudence pour les ressortissants en voyage
Le racket des cartels n’a jamais été aussi fréquent au pays de Claudia Sheinbaum. L’Inegi estime à 6,7 millions les cas commis en 2025, et 97,5 % échappent à la justice. Au premier semestre 2026, les victimes déclarées ont atteint leur plus haut niveau depuis onze ans.
Par la rédaction de Mobil Affiche, mis à jour le 8 octobre 2026.
L’essentiel
- 6,7 millions de cas de racket estimés en 2025, contre 4,9 millions en 2023 (+36,8 %).
- 97,5 % des cas ne sont pas dénoncés ou restent sans enquête.
- 11 081 victimes enregistrées en 2025, un record sur dix ans, puis 6 562 au premier semestre 2026.
- 7 cas sur 10 se font à distance, par téléphone ou réseaux sociaux.
- La loi de novembre 2025 prévoit jusqu’à 42 ans de prison.
L’extorsion au Mexique bat-elle des records ?
Oui : l’extorsion au Mexique a atteint en 2025 et début 2026 son plus haut niveau depuis dix ans, alors que les meurtres reculent. Ce racket pèse sur les ménages comme la hausse des prix pèse sur le pouvoir d’achat en France. Retrouvez nos autres enquêtes à l’étranger dans la rubrique International.
L’enquête de victimisation ENVIPE 2026 de l’Inegi compte 6,7 millions de cas en 2025. C’était 4,9 millions en 2023. La hausse atteint donc 36,8 % en deux ans, note l’ONG Data Cívica.
Les registres officiels (SESNSP) recensent 11 081 victimes en 2025, un record sur dix ans. Puis 6 562 au premier semestre 2026, soit +9,17 %. C’est le seul grand délit en hausse. Les homicides, eux, baissent d’environ 30 %, selon le patronat Coparmex.
Le calcul qui dit tout : 6,7 millions de cas estimés pour 11 081 victimes inscrites dans les registres. Cela fait à peu près une victime connue de l’État pour 600 cas réels.
Qu’est-ce que le « cobro de piso » ?
Le « cobro de piso » est une somme fixe qu’un gang impose chaque semaine ou chaque mois à un commerçant, un chauffeur ou un paysan. En échange, il promet une « protection ». Celui qui refuse s’expose à des coups, à un incendie ou à la mort.
Selon l’AFP, citée par Le Petit Journal, boulangers, mécaniciens et vendeurs d’Ecatepec disent devoir payer. Ce faubourg de Mexico compte 1,6 million d’habitants. 90 % d’entre eux ne se sentent pas en sécurité.
En juillet 2025, des commerçants à bout y ont roué de coups un racketteur. Le chef du gang « La Chokiza » a été arrêté le 12 septembre 2025, lors d’une grande opération de police.
Pourquoi les victimes de la criminalité ne portent-elles pas plainte ?
Les victimes se taisent par peur des représailles et par méfiance envers la police. En 2025, 97,5 % des cas n’ont pas été dénoncés ou n’ont donné lieu à aucune enquête. C’est le record parmi les délits suivis par l’ENVIPE.
Selon l’AFP, une partie des agents locaux est soupçonnée de travailler pour les gangs. Ce doute nourrit le silence. Le même débat sur la confiance dans la police agite le Royaume-Uni, où la « police à deux vitesses » a opposé Keir Starmer à Nigel Farage.
Combien le racket des cartels coûte-t-il à l’économie mexicaine ?
Le racket des cartels impose aux entreprises un « coût cartel » qui freine l’économie légale, explique RFI. Les petits commerces paient en premier. Les grands groupes traitent parfois en direct avec les gangs, ce qui fait fuir une partie des investisseurs étrangers.
Les cartels ne vivent donc pas que du trafic de drogue. Leur violence déborde aussi sur la rue. En février 2026, la mort d’El Mencho, chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), a paralysé 20 États en quelques heures, selon RFI. Pour suivre ces sujets, voir aussi notre rubrique Économie.
Quels sont les États les plus violents du Mexique ?
Les États les plus violents du Mexique sont le Colima, le Morelos, le Sinaloa, la Basse-Californie et le Guanajuato, selon l’AFP. Le racket, lui, s’étend à presque tout le pays. Entre 2019 et 2025, son taux a grimpé dans 24 des 32 États. Mexico est devenue la ville la plus touchée, avec 14 304 cas pour 100 000 habitants en 2025, selon Data Cívica.
Dans ces cinq États, la drogue et le rançonnement vont de pair, selon l’AFP reprise par France 24. Le Morelos, sur une route du trafic de drogues et d’armes, compte 54,42 homicides pour 100 000 habitants. Il reste en proie à un racket élevé.
En Basse-Californie, de nombreux groupes locaux s’allient à de plus grandes organisations, note un analyste de l’International Crisis Group cité par l’AFP.
Pourquoi le Colima, porte d’entrée des drogues, est-il en tête ?
Le Colima est en tête à cause de son port, Manzanillo. Selon l’AFP, c’est une porte d’entrée majeure pour les drogues et leurs précurseurs venus d’Asie et d’Amérique du Sud. Ce petit État d’environ 730 000 habitants affiche 81,08 homicides pour 100 000 habitants. Le racket y vise aussi les usines automobiles, l’agriculture et le tourisme.
Comment opèrent les racketteurs ?
Les racketteurs opèrent surtout à distance : sept cas sur dix passent par le téléphone ou les réseaux sociaux, selon la Coparmex. Le racket en personne est plus rare et plus dangereux. Il suppose qu’un groupe armé tienne le terrain, comme dans les vergers de citrons du Michoacán.
Le 20 octobre 2025, Bernardo Bravo, président des producteurs d’agrumes de la vallée d’Apatzingán, a été retrouvé mort. Il dénonçait les « cuotas » imposées par le crime organisé, selon El País. Quelques jours plus tard, un négociant d’agrumes était tué dans la région de Veracruz, rapporte La Libre Belgique.
Le 1er novembre 2025, Carlos Manzo, maire d’Uruapan, capitale de l’avocat, était tué à son tour. La présidente a alors lancé un plan de sécurité pour le Michoacán, selon l’AFP citée par La Presse.
Que fait le gouvernement de Claudia Sheinbaum ?
Claudia Sheinbaum a lancé en juillet 2025 une stratégie nationale contre le racket. Elle repose sur des arrestations guidées par le renseignement et des unités dédiées dans les parquets. S’y ajoutent le gel des comptes, le numéro anonyme 089 et la prévention.
Une loi générale a suivi, un sujet que nous suivons aussi dans la rubrique Politique. Elle a été publiée au Journal officiel le 28 novembre 2025.
Que prévoit la loi de novembre 2025 ?
La loi de novembre 2025 prévoit 15 à 25 ans de prison, et jusqu’à 42 ans avec circonstances aggravantes. Les parquets peuvent agir sans plainte de la victime. Chaque parquet doit avoir une unité spécialisée. Tout dépend désormais des 32 États, qui doivent revoir leurs codes pénaux et payer ces unités.
La stratégie fonctionne-t-elle ?
Pas encore, à en juger par les chiffres de 2026. Le gouvernement met en avant une baisse de 38 % des plaintes par jour entre juin 2025 et janvier 2026. Mais les données de 2026, en hausse, ont nourri le doute.
Le front n’est pas uni pour autant. Pour la Coparmex, le plan vise surtout le racket par téléphone, moins celui des cartels sur le terrain. L’opération Enjambre, qui a mené à l’arrestation de plusieurs maires, montre aussi des complicités chez les élus locaux. Une baisse des plaintes peut donc cacher une hausse réelle. L’ENVIPE 2027, attendue en septembre 2027, dira si la courbe a plié en 2026.
Voyage au Mexique : quels pays appellent leurs ressortissants à la prudence ?
De nombreux pays ont appelé leurs ressortissants à la prudence après la mort d’El Mencho, en février 2026. Les États-Unis ont demandé à leurs citoyens de « se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre » dans plusieurs zones touristiques, selon Les Echos.
Le Royaume-Uni déconseille « tout voyage non essentiel » dans une dizaine de communes du Jalisco. Le Canada, l’Australie et l’Inde ont aussi lancé des appels au calme. Du côté de la France, le Quai d’Orsay a mis à jour ses conseils aux voyageurs.
Que conseillent les autorités françaises face au racket téléphonique ?
Les autorités françaises conseillent de raccrocher tout de suite et de garder son calme. Sur sa fiche de conseils aux voyageurs, mise à jour le 15 septembre 2026, le ministère des Affaires étrangères juge ces appels « assez courants ». Dans la grande majorité des cas, les menaces sont fausses.
Les escrocs prétendent qu’un proche a été enlevé, se disent membres d’un cartel connu ou affirment surveiller la victime. La conduite à tenir, selon le Quai d’Orsay :
- Raccrocher tout de suite et garder son calme.
- En cas de doute, signaler la tentative au 088 ou au 911.
- Ne jamais quitter son logement pour un lieu inconnu, ni jeter son téléphone, ni scanner un QR code fourni par l’appelant.
- Donner le moins de données personnelles possible, à l’hôtel comme au téléphone.
- Activer la double authentification sur WhatsApp.
Le ministère signale aussi des rackets par des policiers lors de contrôles routiers, en particulier à Tulum. Aucune amende ne doit être payée à un agent seul qui ne peut pas fournir de reçu : il faut alors appeler le 911.
Les chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Cas de racket estimés en 2025 | 6,7 millions (2e délit le plus fréquent) | Inegi, ENVIPE 2026 |
| Évolution 2023-2025 | +36,8 % (4,9 M à 6,7 M) | ENVIPE, analyse Data Cívica |
| Part non dénoncée ou sans enquête (« chiffre noir ») | 97,5 % | Inegi, ENVIPE 2026 |
| Victimes enregistrées en 2025 | 11 081 (record sur dix ans) | SESNSP |
| Victimes enregistrées, 1er semestre 2026 | 6 562 (+9,17 %) | SESNSP, via Coparmex |
| Cas à distance | 7 sur 10 | SESNSP, via Coparmex |
| Taux à Mexico (2025) | 14 304 pour 100 000 habitants | ENVIPE, analyse Data Cívica |
| Homicides au Colima / au Morelos | 81,08 / 54,42 pour 100 000 habitants | AFP via France 24 |
| Peine prévue par la loi générale | 15 à 25 ans, jusqu’à 42 ans | DOF, 28 novembre 2025 |
La sécurité pèse aussi dans le débat français, à l’approche de la présidentielle 2027. Ailleurs, d’autres crises font des morts civils, comme l’attaque de drones contre l’aéroport du Koweït.
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