IA et emploi en France : ce que montrent les chiffres

Travailleurs français dans un bureau en 2026 avec des outils d'intelligence artificielle sur les écrans

En France, l’IA ne détruit pas encore l’emploi en masse, mais elle freine déjà les recrutements dans les métiers les plus exposés. Une étude publiée en septembre 2026 mesure un décrochage de l’ordre de 40 à 50 % des offres dans l’informatique depuis fin 2023, alors que 18 % des entreprises utilisent l’IA et que le chômage atteint 8,3 %.

Article mis à jour le 6 octobre 2026.

Les faits essentiels : l’IA détruit-elle déjà des emplois en France ?

Pas en masse. Aujourd’hui, l’IA freine surtout les recrutements dans les métiers exposés, plus qu’elle ne provoque de licenciements. Le marché du travail se dégrade pourtant, ce qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages cet automne, et le sujet s’invite déjà dans la campagne de la présidentielle 2027. Notre rubrique Économie suit le dossier.

Le débat sur l’intelligence artificielle et l’emploi a changé de nature à la rentrée 2026 : on ne discute plus seulement de projections, on commence à disposer de mesures. Le 22 septembre, les économistes Marie-Renée Andreescu (Paris School of Economics) et Éric Maurin (EHESS) ont publié la première étude française qui isole l’effet de l’IA générative sur les offres d’emploi. À partir des annonces publiées sur France Travail, ils comparent les métiers les plus exposés, ceux de l’informatique et des technologies de l’information, à des métiers peu exposés comme jardinier ou infirmier.

Les deux courbes évoluaient en parallèle de 2015 à fin 2023. Elles divergent à partir du début de 2024, juste après la diffusion des outils d’IA générative en entreprise. Début 2026, l’écart relatif atteint 40 à 50 % selon les comptes rendus de l’étude, et les embauches effectives reculent dans des proportions comparables. Pour 125 métiers exposés plus indirectement, comme la comptabilité ou les ressources humaines, la baisse relative serait d’environ 25 %.

Le même jour, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou et le ministre de l’Économie Roland Lescure ont présenté à Station F le plan « Impulsion IA 2027 » : douze mesures et 80 millions d’euros pour former salariés, demandeurs d’emploi et apprentis, selon franceinfo.

Le contexte et les enjeux

Combien d’entreprises françaises utilisent l’IA ?

Selon l’Insee, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus déclaraient utiliser au moins une technologie d’IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. La France reste légèrement sous la moyenne de l’Union européenne (20 %). L’écart selon la taille est considérable : 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés, 31 % de celles de 50 à 249 salariés et 58 % de celles de 250 salariés ou plus. Le secteur de l’information-communication est en tête (59 %), loin devant la construction (10 %) ou les transports (9 %).

Parmi les entreprises qui n’utilisent pas l’IA, 71 % disent ne pas en voir l’utilité et 54 % évoquent un manque d’expertise. C’est précisément ce frein que le plan gouvernemental cherche à lever dans les PME.

Quels métiers sont les plus exposés à l’IA ?

Les métiers les plus exposés à l’IA générative sont ceux de l’informatique et des technologies de l’information, puis la comptabilité, les ressources humaines et les fonctions support. Selon l’étude de Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM), qui a passé au crible 923 professions face à l’intelligence artificielle générative, 120 métiers sont fortement exposés et environ 16 % des tâches seraient automatisables, rapporte la CFE-CGC.

L’étude précise que cet indicateur reflète l’exposition des tâches, et non leur destruction. Les métiers du soin et les professions manuelles sont beaucoup moins concernés.

Les jeunes, premiers concernés

L’Insee avait donné un premier signal dans sa note de conjoncture de mars 2026 : entre fin 2023 et fin 2025, l’emploi s’est contracté de 3 % dans l’information-communication, et l’emploi salarié des 15-29 ans a reculé de 7,4 % sur un an dans les activités informatiques. Quand les offres se raréfient, ce sont les débutants et les personnes en reconversion qui le ressentent en premier, puisque les salariés en poste ne sont pas directement remplacés.

Un marché du travail déjà dégradé

Ces effets s’ajoutent à une conjoncture défavorable. D’après l’Insee, le taux de chômage au sens du BIT atteignait 8,3 % au deuxième trimestre 2026, en hausse de 0,7 point sur un an. Il est donc difficile de distinguer l’effet de l’IA de celui du ralentissement général.

C’est pourquoi la comparaison entre métiers exposés et non exposés retient l’attention des économistes. D’autres secteurs recrutent sur des chantiers physiques, comme le parc Universal au Royaume-Uni et ses 28 000 emplois annoncés.

Les réactions et les débats

Combien d’emplois l’IA menace-t-elle en France ?

Jusqu’à 5 millions d’emplois en France pourraient être concernés par l’IA, soit environ un sur six, selon l’étude Coface publiée au printemps 2026. Il s’agit d’une exposition à l’intelligence artificielle, pas d’une prévision de suppressions, dans les trois ou quatre années à venir selon les auteurs : les tâches automatisables ne font pas disparaître automatiquement les emplois, rappelle l’étude.

Les estimations divergent fortement selon ce que l’on mesure. L’étude publiée au printemps 2026 par l’assureur-crédit Coface et l’Observatoire des emplois menacés et émergents, rapportée par Les Échos, évalue à 16,3 % la part de l’emploi français menacée à un horizon de deux à cinq ans, soit près de 5 millions de postes, dont 3,8 % déjà fragilisés. Ses auteurs précisent qu’il s’agit d’une exposition des tâches et non d’une destruction certaine d’emplois.

La Direction générale du Trésor rappelait de son côté que la littérature empirique récente ne permet pas encore d’identifier un effet clair de l’IA sur l’emploi agrégé, faute de recul. L’étude Andreescu-Maurin ne contredit pas ce constat : elle porte sur les flux d’offres, pas sur le stock d’emplois, et ses auteurs estiment l’effet global à environ 5 % de nouvelles offres en moins, en supposant les autres métiers épargnés.

Le plan gouvernemental a été accueilli comme un premier pas, mais son budget de 80 millions d’euros est jugé modeste au regard des enjeux, en pleine préparation d’un budget 2027 contraint. La question de l’IA au travail devrait d’ailleurs s’inviter dans la campagne, comme nous l’expliquons dans notre point sur les enjeux et le calendrier de la présidentielle 2027.

Les perspectives et les prochaines étapes

Que prévoit le plan « Impulsion IA 2027 » ?

Le plan « Impulsion IA 2027 » prévoit douze mesures et 80 millions d’euros de financements nouveaux pour former les actifs, accompagner les PME et organiser le dialogue social. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a averti que l’IA pourrait « entraîner l’intensification du travail » et renforcer les inégalités entre métiers, selon France 24.

Une plateforme gratuite, Explore IA, permettra de tester ses connaissances. France Travail proposera aux demandeurs d’emploi un test de « maturité » IA puis un parcours personnalisé. La réforme du compte personnel de formation fera des formations en intelligence artificielle une priorité nationale, pour tout projet professionnel, et des « task forces entreprises » sensibiliseront les PME. Le ministère du Travail doit dans le même temps réaliser 2,5 milliards d’euros d’économies dans le budget 2027.

La moitié des mesures d’« Impulsion IA 2027 » concerne la formation. Le gouvernement annonce une plateforme publique gratuite pour tester et développer ses compétences, l’intégration de l’IA dans les parcours des apprentis, des outils d’évaluation pour les demandeurs d’emploi via France Travail et un mentorat entre grandes entreprises et TPE-PME. L’ambition affichée est de toucher plus de 30 millions d’actifs d’ici 2027. Plusieurs mesures dépendent toutefois du vote du budget 2027.

Pour les salariés, trois indicateurs méritent d’être suivis dans les prochains mois : l’évolution des offres dans les métiers exposés, la place de l’IA dans les formations éligibles au compte personnel de formation, et la manière dont le sujet sera traité dans le dialogue social de branche.

Le dialogue social sera central. Dès 2024, la Commission de l’intelligence artificielle, installée par le gouvernement, soulignait que l’IA remplace des tâches, et non des emplois, et que ses effets sur le travail dépendraient de la qualité du dialogue social, rappelle le Labo Société Numérique. La transformation des métiers sera aussi visible dans les campagnes des marques, comme le montre l’affichage mobile de la rentrée scolaire 2026.

Les chiffres clés et données récentes

Indicateur Valeur Source
Entreprises de 10 salariés ou plus utilisant l’IA (2025) 18 % (6 % en 2023) Insee
Entreprises de 250 salariés ou plus utilisant l’IA 58 % Insee
Offres dans les métiers informatiques les plus exposés, fin 2023 à début 2026 −40 à −50 % (écart relatif) Andreescu et Maurin, sept. 2026
Emploi salarié des 15-29 ans dans les activités informatiques (fin 2025, sur un an) −7,4 % Insee, note de conjoncture
Part de l’emploi exposée à horizon 2-5 ans 16,3 % (près de 5 millions de postes) Coface / OEM
Taux de chômage, T2 2026 8,3 % Insee
Plan « Impulsion IA 2027 » 12 mesures, 80 M€ Ministère du Travail

En résumé

L’IA progresse vite dans les entreprises françaises, mais de façon très inégale selon leur taille. Ses premiers effets mesurables sur l’emploi passent par les recrutements : les offres reculent nettement dans l’informatique et, dans une moindre mesure, dans les fonctions administratives, et les jeunes en paient le prix. Les projections de destruction massive restent des estimations d’exposition. Le gouvernement mise sur la formation avec un plan de 80 millions d’euros, dont l’ampleur fera débat.

Pour suivre l’impact de chaque nouvelle intelligence artificielle sur le monde du travail, voir aussi notre rubrique Tech et le plan du site.

Sources : Insee, études et médias liés, selon notre ligne éditoriale. Signaler une erreur.